Kessel

1954 et Roberta Cowell

Alors que je lisais la biographie que Pagan Kennedy a consacrée à Michael Dillon, je me suis prise à songer à Roberta Cowell, sa grande amie. J'ai voulu voir comment elle parlait de sa transition dans la presse.

Transdidaxie
17 min ⋅ 17/06/2026

1954, si on demande à wikipedia, c’est l’année de Dien Bien Phu, celle des accords de Genève, du début de la guerre d’Algérie, la convention de La Haye sur le patrimoine en temps de guerre, ou celle de New-York sur l’apatridie. Une année chargée en sommes. C’est un an avant la naissance de mon père, quatre ans avant celle de ma mère (mais ça ce n’est pas sur wikipedia). Dans l’univers cishétéronormé, les années 1950, c’est aussi une période de troubles. Bien entendu, il y a eu des questions plus tôt, Lili Elbe dans les années 1930, l’institut Hirschfeld détruit par les nazis, divers cas qui sont un peu passés sous les radars. Mais en 1950 Christine Jorgensen s’est faite opérer et elle a fait la Une des journaux. En France, Jacqueline Dufresnoy, dite Coccinelle a commencé sa carrière de musical, avec Marie-Pierre Vancallement (Fétiche) ou Marie-Pierre Pruvot (Bambi) pour ne parler que d’elles. De son côté, après avoir refusé l’offre de Hirschfeld dans les années 1930, Michel-Marie Poulain décide enfin de se faire genrer au féminin (ce qui ne fait pas grand émoi, sans doute, puisque la peintre apparaissait habillée en femme depuis des décennies). Ce n’est là que quelques noms, évidemment, mais des noms qui défient la chronique quotidienne.

En 1954, une autre jeune femme est dans toute la presse, Roberta Cowell.

Connaissez-vous Roberta Cowell ?

Fille d’un général et médecin de l’armée britannique, sir Ernest Cowel, qui a été médecin honoraire de George VI, Roberta Cowell a déjà effectué un changement d’état civil et diverses opération lorsqu’elle doit faire face à toutes les curiosités. Ce qui semble troubler, c’est qu’elle n’est pas une danseuse de musical, comme Coccinelle (qui n’a pas transitionnée à l’époque, mais qui est déjà une personnalité), qu’elle n’est pas jeune comme elle ou comme Christine Jorgensen qui n’avait qu’une vingtaine d’années lorsqu’elle est passée sous les scalpels du dr Hamburger.

Non, Roberta Cowell à 35 ans, ce n’est pas très vieux me direz-vous, mais elle a aussi eu une vie bien remplie. Passée par l’université, elle a été ingénieure mécanicienne, elle a conduit des automobiles de course et elle a, par ailleurs, été pilote de chasse dans la R.A.F. C’était une as qui a combattu durant la bataille d’Angleterre et qui a été faite prisonnière en 1944 avant d’être libérée par l’armée soviétique et de pouvoir retourner en Angleterre. Roberta Cowelle a aussi eut deux enfants avec son épouse rencontrée durant ses études et de laquelle elle a divorcé depuis, pour “défaillance” de sa part (of course, le mariage à l’époque, c’est un truc d’hétéro).

Ce qui semble perturber, c’est bien qu’avant sa transition, Roberta passait presque pour un modèle de virilité avec le trio archétypal de la guerre, de l’automobile (course et mécanique) et de la paternité. Sa transition apparaît alors comme surnaturelle, d’autant plus que le terme de transition n’existe pas encore.

Si on en croit Pagan Kennedy dans The First Man-Made Man, Michael Dillon aurait joué un rôle dans le parcours de Roberta, notamment avec son livre self : a study of endrocrinology and ethics. Cependant, il est assez rare de voir leurs noms associés et il n’apparaît pas dans les quelques articles dont je voudrais traiter ici.

De son côté, Roberta est l’autrice d’une autobiographie paru en France chez Plon en 1955, Comment je suis devenue une femme, mais avant cela, elle avait déjà vendu son histoire. Elle est parue en France dans les pages de France Soir (à l’époque où le journal n’était pas un torchon complotiste d’extrême droite). C’est de ce côté que j’ai envie de vous conduire en essayant de discuter de la façon dont une femme trans au beau milieu des années 1950, raconte sa transition.

Oui, je sais qu’employer le terme de transition est un anachronisme, mais n’ayons pas peur d’appeler un chat un chat. Soyons précis d’ailleurs, elle effectue une transition sociale, administrative, mais aussi et surtout une transition médicale.

Initialement, je voulais aborder ces textes de façon thématique, mais finalement, je m’y suis reprise. Il me semblait plus intéressant de suivre son histoire de la façon dont elle la raconte.

J’étais un homme : je suis une femme. Ex-pilote de la RAF, Roberta Cowell révèle son étrange destinée

Voici donc le titre que France-Soir a décidé de donner à cette suite d’articles de juin 1954 (disponible sur Gallica). Avant d’aborder le texte en lui-même, qui est relativement long et que je ne reproduirai pas, il est important de noter le contexte.

Bien entendu, il y a déjà eu, quelque temps plus tôt, l’histoire de Christine Jorgensen qui a défrayé la chronique. Pour autant, les trans n’existent virtuellement pas dans la presse. En donnant ces articles aux journaux, ou plutôt en les vendant, Roberta sait ce qu’elle fait. Puisqu’on parle d’elle, autant qu’elle profite de la manne financière que cela représente tout en prenant un peu la main sur ce qui est écrit à son sujet. Cependant, elle les vend et doit surfer légèrement sur une veine sensationnaliste, donner au lectorat ce qu’il attend.

J’ai peine à penser aujourd'hui que je fus naguère un pilote de chasse friand de jolies filles...Pourtant lorsque j’étais enfant j’avais le corps d’une fille, je n’étais jamais amoureux et je haïssais le contact des hommes...

C’est cette citation qui introduit le premier article et elle est assez caractéristique de l’ensemble de ces souvenirs. Elle ancre en effet sa transition dans des expériences de sa jeunesse, comme quelque chose qui revient de loin, même si tout est fait pour montrer la “brutalité” de sa “métamorphose”. Ces deux derniers mots traduisent en effet le ton que peut prendre les journaux pour parler de sa vie.

« France-soir » publie à partir d’aujourd’hui, en exclusivité, l’une des plus extraordinaires histoires dont notre époque aura été témoin : celle d’un capitaine de la Royal Air Force, père de deux enfants, qui s’est métamorphosé en femme à l’âge de trente-trois ans et dont l’état civil anglais a dû changer l’identité.

Roberta Cowell, ex-Robert Cowell, coureur automobile et pilote de chasse devenu femme, se penche sur son passé d’homme et révèle son étrange destinée qui a bouleversé toute l’Angleterre : son aventure biologique, unique en son genre, a suscité dans son pays des polémiques passionnées ; en France même des savants tels que le biologiste Jean Rostand et d’éminents praticiens ont démontré comment l’inexplicable pouvait s’expliquer. Après avoir évoqué sa jeunesse, Roberta Cowell décrira la métamorphose dont elle fut trois ans durant le témoin quotidien, les opérations qu’elle subit, ses angoisses, enfin, son apprentissage de la féminité.

La vie de Roberta Cowell fera ultérieurement l’objet d’un ouvrage à paraître à la Librairie Plon. Son histoire est l'expérience inouïe d'un être qui a vécu une vie d'homme avec tout ce qu'elle comporte de masculin dans les sentiments et les actes, et qui poursuit son existence sous la forme et avec les sentiments d'une femme.

La jeunesse

L’histoire que nous raconte Roberta remonte donc jusqu’à son enfance. Elle prend le temps de nous préciser qu’au jardin d’enfant, elle détestait tout ce qui faisait trop fille et qu’elle s’est adonnée à toutes sortes d’activités estampillées masculines et hétérosexuelles. Elle a ainsi fait beaucoup de sport, de la boxe, du tennis, de l’escrime et bien entendu de la course automobile, alors qu’elle apprenait aussi la mécanique.

Pour autant, elle ne manque pas non plus de souligner son dégout des hommes. Dans un premier temps, on pourrait croire qu’il s’agit d’un refus de l’homosexualité. Ce n’est que partiellement le cas. Elle raconte par exemple une entrevue avec un homme dans un hôtel et sa fuite face à des avances qu’on devine sexuelle (ho, c’est 1954, on est prude). Elle précise aussi, d’ailleurs, que lorsqu’elle avait 13 ans, elle avait horreur des garçons efféminés. Pour autant, renvoie aussi à un rejet de la sociabilité masculine dans son ensemble :

Je considérais tout simplement les hommes comme d'horribles créatures.

ou

Quand je m'engageai dans un cours de préparation militaire, j'eus bientôt le sentiment que l'homme accentuait exagérément sa qualité de mâle et son côté animal une fois sorti de sa famille ; je n'appréciais pas beaucoup ce genre d'affaires.

Dans l’ensemble, elle raconte avoir trouvé plus de plaisir dans la compagnie des filles que dans celle des garçons.

Malgré ses activités purement masculines, elle souligne assez souvent des allusions à son corps, qui aurait été féminin, avec des hanche large à l’adolescence, après avoir été “grassouillet comme une fille”. Elle note aussi ses tentatives pour se viriliser, que ce soit en fumant (“art” qu’elle ne parvient jamais à “maîtriser”), en buvant de la bière (qu’elle dit trouver dégoutante) ou en apprenant des blagues sans doute grivoises de ce que j’en comprends. Toute une tentative pour se construire un masque. Masque par ailleurs qui se fissure aussi au niveau vestimentaire, elle écrit ainsi :

A l'opposé de certains hommes qui sont toujours vêtus avec une élégance impeccable, j'arborais invariablement une tenue des plus négligées. Je détestais cordialement les vêtements neufs et je ne portais jamais de chapeau. Quand je sortais avec un imperméable, il paraissait avoir servi de salopette pour accomplir un labeur particulièrement salissant — ce qui était souvent le cas.

Je ne généraliserai pas mon expérience, ou la sienne, mais ce refuge dans une apparence négligée est quelque chose que je connais très bien et que j’ai pratiqué presque toute ma vie pour éviter d’avoir à songer à mon apparence et à mon corps. Ce qui fait que, quelque part, je me sens assez proche de Roberta.

Si elle prend le temps de préciser son cursus honorum de la masculinité, tout en soulignant ses limites, c’est parce qu’elle écrit après sa transition.

Dans les années 1940, elle a ainsi suivi une psychanalyse qui lui a permis de prendre conscience de son parcours et de regarder son passé sous un jour nouveau, un phénomène dont j’ai essayé de parler ici. Tout au long du récit, elle place ainsi des éléments d’explication sur ce qu’elle raconte.

Ces craintes et ces dégoûts étaient dus sans doute à une connaissance instinctive de ma propre anomalie; car dès le moment où ma dualité sexuelle se réduisit a un seul élément, les appréhensions et les répugnances disparurent sans laisser de trace.

Ou encore, plus explicite :

Je pris conscience en 1948 seulement, par la psychanalyse, du fait que la compétition automobile représentait pour moi un symbole de courage, de puissance et de virilité. Je tentais désespérément de pallier le sentiment inconscient de ma féminité. Quand j'appris enfin toute la vérité sur moi même, tant sur le plan mental que physique, ma passion dévorante pour la mécanique de course s'éteignit complètement.

Elle écrit alors qu’elle est “devenue” une femme et, dans son univers mental, la femme est nécessairement hétérosexuelle. Si dans sa jeunesse elle a eu des petites amies et même une épouse. De son point de vue, elle était donc nécessairement homme, mais post-transition l’ordre hétérosexuel doit être rétablie et pour rassurer le lectorat, ce rétablissement apparaît lorsqu’elle parle de cette rencontre hôtelière que j’ai évoqué plus haut.

Quand je pense maintenant à cet incident, il me revient que l'homme était jeune et d un physique agréable. Mais, à l'époque, je serais mort de honte et de dégoût de me laisser toucher par lui ou par toute autre personne du sexe masculin.

La guerre

Ce passage ne présente pas un grand intérêt pour moi. Elle nous raconte seulement la façon dont elle passe la guerre, à peine une ligne sur son mariage en 41, puis elle évoque les combats et le camp de prisonnier. Elle prend cependant le temps de préciser qu’il y avait des “invertis” dans le camps et qu’ils étaient convaoincu qu’elle était comme eux, ce qui semblait l’énerver et qui est un élément récurrent dans son récit. La question du genre en elle-même n’est pas non plus complètement absente.

Nous avions formé une petite troupe de théâtre et l’on me demanda de tenir le rôle d’une femme. Je refusai sans hésitation. Dans cette société d’homme c’eut été un aveu public. A cette époque, il me déplaisait encore que ma virilité fut mise en doute.

Ici comme ailleurs, elle semble sous-entendre que ce choix découlait d’une crainte d’être découverte pour ce qu’elle était. Honnêtement, je la comprends particulièrement bien sur ce point là, je me souviens d’un ami qui “osait s’habiller au féminin parce qu’il ne craignait pas pour sa virilité” alors que personnellement, je ne le faisais pas, parce que précisément, j’avais conscience de ce qu’était ma “virilité”, juste une couche superficielle pour donner le change.

Le plus grand choc infligé à mon amour-propre fut de découvrir que mon subconscient était essentiellement féminin

Dans cette partie Roberta se découvre elle-même, mais par la même occasion, elle me perd un peu. L’histoire de sa prise de conscience se passe semble-t-il en deux temps. Au retour de la guerre, Roberta ne se sent pas bien. Elle déprime, selon ses mots, son mariage qu’elle qualifie de mariage s’enfonce. Elle ne trouve plus gout aux choses qui la faisaient vibrer jusque là. Elle se rend donc chez un psy et elle parvient à mettre des mots sur ce qu’elle ressent. Elle affirme qu’elle s’attendait à quelque chose de ce type, mais qu’elle ignorait à quel point la féminité était “ancrée” en elle.

Certes, je m'attendais à ce que la psychanalyse me fît reconnaître une crainte inconsciente de perdre mes qualités masculines. Je pensais trouver en moi les traces du complexe d'Œdipe et d'une opposition refoulée entre les instincts et les principes d'une éducation morale. Cependant, je ne m'attendais pas à découvrir que j'étais psychologiquement une femme !

Cette “découverte” la conduit à remettre beaucoup de choses en question et notamment en ce qui concerne ses anciens loisirs. Elle se désinterresse de son entreprise de constructions de voitures de courses et porte son attention sur une entreprise de haute-couture, comme une sorte de reconversion caricaturale appuyant indéniablement sur des stéréotypes de genre.

Parallèlement, cette nouvelle est un véritable choc pour elle.

Si j'avais possédé quelque prédisposition congénitale à la névrose, je suis sûre que j'aurais fini par perdre la raison. D'ailleurs, j'eusse accueilli volontiers là folie; elle m'aurait permis du moins d'échapper à la réalité. Mais il fallait y faire face et prendre une décision. J'avais le choix de continuer à vivre avec la certitude que je continuerais aussi bien à être désespérément malheureux ou mettre fin à mon existence.

Ce n’est déjà pas facile de sortir du placard à notre époque, d’affronter le monde et la transphobie ambiante, je n’arrive pas à concevoir ce que ce devait être dans les années 50. Roberta se donne donc un an pour décider de la suite. Un an pour décider de ce qu’il va advenir d’elle en se donnant l’autorisation de mettre fin de ses jours si elle n’arrive plus à vivre. Il faut concevoir l’absence de perspectives qu’il doit y avoir pour elle. Elle a conscience, profondément conscience, d’être une femme, mais les personnes trans n’existent pas à son époque. Il n’y a pas d’avenir possibles pour elle. Elle essaie de vivre avec ça, de se noyer dans l’alcool, la drogue, la sociabilité ou la solitude. Elle préfère d’ailleurs cette dernière voie qui lui permet de ne pas donner le “cafard” à ses proches. Ce qu’elle traverse est une forme de détestation d’elle-même, une détestation qui est intimement liée à la société dans laquelle elle vit et que beaucoup de membres de la comunauté LGBTQIA+ peuvent connaître encore aujourd’hui.

Cependant, après un match de tennis, signe qu’elle n’a pas abandonné toutes ses activités antérieures, avec un officier de ses amis, signe que malgré tout elle avait des amis masculins, celui-ci lui fait une remarque.

— Tu sais, mon vieux, tu devrais porter un soutien-gorge !

C’est cette phrase qui déclenche la deuxième phase de sa transition.

Je dois émettre des doutes sur ce qu’elle raconte ensuite, parce qu’à partir de cette remarque, elle va consulter des spécialistes et affirmer par la suite qu’elle porte un certain “degrès d’hermaphrodisme”. Je ne sais pas bien ce qu’elle entend par là.

Sa féminité ne relève pas alors d’une question “psychique”, mais d’une question physique, physiologique. A cette époque, il était sans doute plus facile de se ranger sous le parapluie intersexe, qui existait, que sous celui des trans, qui n’existait bien évidemment pas.

Il est possible après tout qu’elle fut intersexe et elle développe tout un argumentaire dans un autre article. Cependant, si j’en crois la page wikipedia, elle aurait affirmé en 1972 être née avec deux chromosomes X et serait donc “atteinte” du syndrome du mâle XX, ce qui semble rigoureusement impossible à moins de considérer que ses deux filles ne soient pas d’elle.

Pour autant, il est impossible du haut de nos années 2026 de savoir ce qu’elle pensait réellement de son “hermaphrodisme” supposé. D’un côté, il est clair que se revendiquer intersexe pouvat faciliter les choses vis à vis d’un public cis n’ayant strictement aucune idée de l’existence de personnes trans, d’un autre, il est aussi très possible qu’au niveau personnel, elle ait eu besoin d’y croire. Par ailleurs, je ne connais pas l’évolution du discours scientifique à cette époque et il est assez possible que les médecins, pleins d’ignorances autant que de connaissances, aient pu eux-mêmes y croire.

La connaissance de ces faits eut un effet salutaire sur mon moral. La honte cuisante que j'avais éprouvée jusque-là commença à disparaîtra. Quand je me fus rendu compte que mon caractère féminin reposait sur de réelles bases physiques, je cessai de me mépriser. De fait, je savais à présent que j'étais physiquement anormal, mais je pouvais du moins accepter cette part de féminité sans perdre la face à mes propres yeux.

Les médecins semblent alors lui donner le choix entre une prise de testostérone pour affirmer sa virilité, ou une prise d’oestrogènes pour continuer dans le sens de la féminisation. C’est ce second choix qu’elle fait, ayant l’impression qu’elle ne pourrait jamais être qu’une “femme virilisée”. Elle choisi donc la voie des oestros.

Cet ensemble de découvertes l’a conduite cependant a un mieux important dans sa vie. Elle a put regarder en arrière et trouver des explications, comme nous le faisons sans doute toutes et tous.

Je fus bouleversé et terriblement embarrassé quand je fit cette constatation; en revanche, elle expliquait certains côtés de ma nature et de mon caractère qui m'avaient toujours intrigué. Elle expliquait pourquoi j'avais éprouvé de tout temps le besoin d’affirmer agressivement mes qualités masculines; pourquoi je m’étais toujours senti plus à l’aise avec les femmes qu'avec les hommes; pourquoi le corps masculin m’inspirait un dégoût instinctif.

“Je rajeunis de dix en quelques mois”

La prise d’oestro chez elle semble avoir des effets assez impressionnants, je dois bien le reconnaître. D’un côté, il y a bien évidemment les choses dont nous sommes coutumières lorsque nous sommes sous cette hormone, la peau qui s’affine, la pilosité qui diminue, modification de la disposition des graisses etc. Cependant, on peut remarquer des points qui sont particulièrement troublant. Elle rend compte, notamment, d’un changement de son écriture qui se serait “féminisée” (honnêtement, si c’est possible comme amélioration, je n’ai rien contre, parce que je n’aime pas du tout mon écriture).

Le directeur de la banque me fit remarquer que mon écriture était sensiblement différente, ce dont je pus ma convaincre en l'examinant de près. Elle était devenue plus ronde et plus soignée et s'était ornée de quelques fioritures. Etant donné le changement radical qui s'accomplissait dans ma personne physique et dans mon caractère, il ne devait pas être étonnant que mon écriture se transfromat elle aussi.

Elle note aussi un changement d’intérêt dans ses pratiques culturelles, se surprenant à détester un film qu’elle avait aimé des années plus tôt. Je doute que les hormones puissent avoir cet effet, par contre, je ne peux pas nier son ressenti non plus. Evidemment, il peut s’agir d’une question plus psychologique, elle s’est peut-être lâchée sur des choses qu’elle ne se sentait pas autorisée à aimer avant.

Par contre, ça ouvre aussi sur la question d’une forme de “théorie de la féminité” qui dépasse largement la question de la prise d’hormone. Il semble assez évident que la féminité, pour elle, implique d’aimer les hommes, mais elle implique aussi des éléments que nous qualifierions de culturelles, mais que la société de son époque essentialise, que ce soit l’écriture arrondie ou les productions culturelles à destination d’un public féminin. Cette essentialisation des genres se retrouve un peu plus loin lorsqu’elle écrit :

Ma vie mentale avait subi elle aussi des changements qui commençaient d'apparaître de deux manières. D’une part, l’activité de mon esprit semblait s'être légèrement ralentie. D’autre part, mon pouvoir intuitif s'était sensiblement développé.

Jusqu’à aller à la limite du superpouvoir.

Je pouvais notamment deviner assez souvent qui m’appelait quand J’entendais sonner le téléphone.

La femme, cet être mystérieux qui arrive à deviner qui est en train de l’appeler !!!

L’homme qui serait plus intelligent et la femme qui serait plus intuitive est un cliché éculé, sans doute déjà à l’époque, mais dont nous peinons à nous débarrasser. De nombreuses publications font leur beurre sur l’intuition féminine. Au delà de sa transition, il y a réellement ici le récit de l’acquisition des caractéristiques qui sont, dans l’Angleterre des années 1950, attribuées à la “Femme.” Comme si elle avait besoin de montrer pâte blanche, de rassurer la société, ou de se rassurer elle-même, sur le maintien d’une binarité de genre strictement hermétique.

A côté de ça, elle exprime aussi des phases d’euphorie et de lassitude, assez fréquente dans les cas de transition sous ths.

Le traitement ne se déroulait pas sans heurts et ses effets étaient très variables. Certains jours, j’éprouvais un bien être étonnant, presque de l’euphorie ; je sentais le bonheur monter en moi, tant et si bien que j’en frémissais de plaisir. D’autres jours, je m’éveillais complètement effondré et si faible que je devais m’y prendre à plusieurs fois pour m’habiller. Je n’avais pas le courage d’entreprendre quoi que ce fût, ni même de bouger.

Il y a quelque chose d’assez extraordinaire dans le rapport à soi, le soulagement sans doute, quand on commence le THS et que l’on prend conscience des changements corporels que l’on a si longtemps espéré. J’ignore en quoi consistait exactement le protocole de l’époque et j’imagine que les connaissances dans les hormones étaient à leur balbutiement, ce qui peut expliquer les shutdown qu’elle décrit ou les pertes de mémoires. Il peut aussi y avoir un intérêt à présenter la transition comme une sorte d’épreuve. Après tout, le récit est construit pour faire d’elle-même un personnage tragique, une héroïne acceptant un destin tracé par les dieux, la nature et la science.

Parallèlement, elle note des éléments de transphobie ou, peut-être plutôt d’homophobie. Elle écrit notamment :

Les gens qui me prenaient pour un homme efféminé me considéraient généralement comme une amusante curiosité ou bien avec une hostilité marquée.

Elle note alors qu’elle devait se contrôler pour adopter une gesture qui ne soit pas trop féminine afin de ne pas passer pour un homme efféminé et sans doute d’éviter l’hostilité. Plus loin elle précise les choses et explique comment elle a décidé d’éviter les restaurant.

Beaucoup de gens se montraient bons et aimables à mon égard, mais le plus grand nombre s'écartaient de moi ou me traitaient comme si j’étais une créature méprisable et pervertie. Ces gens n’hésitaient pas à manifester clairement leur position, considérant sans doute soit que j'étais dépourvu de sentiment, soit qu’il était nécessaire de me prouver leur hostilité.

Si elle adopte un ton largement misérabiliste, se comparant à une personne handicapée dans un langage qui est totalement celui de l’époque, elle n’en livre pas moins un témoignage de la transphobie ordinaire. Ce “no man’s land sexuel”, période durant laquelle elle prend des oestros avant ses opérations, semble donc assez contrasté, entre la découverte des modification de son corps, de son esprit, mais aussi de conflits et de souffrances en lien avec la société. C’est sans doute partiellement cette hostilité qui la pousse à une à une forme de détestation d’elle-même et à un besoin de justifier son parcours comme elle le fait.

Le bistouri

Deux ans se sont donc écoulés depuis son début de traitement hormonal, quand elle envisage de passer sous le bistouri. Roberta raconte alors ses choix et notamment le fait de déménager afin de pouvoir plus simplement passer des tenues masculines, qu’elle ne supporte plus, à des tenues féminines sans éveiller les réactions. Elle décrit alors ce sentiment assez commun lorsqu’elle commence à adopter jupes, robes ou coupes attirbuées au genre opposé.

En changeant de vêtements, je m'apercevais que je changeais aussi de personnalité. En jupe, j'étais infiniment plus heureuse ; le cafard et le découragement disparaissaient aussitôt.

Pour autant, pour se protéger des réactions elle déménage avec une amie et met en place une tactique afin de ne pas éveiller de curiosités au sujet de son genre.

Comme dans beaucoup de cas, le regard et le rejet de la société opèrent comme une contrainte dans les choix faits par Roberta. Elle joue sur les limites et s’appuie sur le soutien d’autres femmes pour parvenir à ses fins. A cette époque, du reste, elle est déjà parvenu à faire modifier son état-civil pour y apparaître comme femme, mais la transition administrative n’est pas la transition sociale, ou médicale.

L’opération lui apparaît alors comme sa délivrance. Elle l’attend avec appréhension et envie, consciente que ce n’est pas non plus une chose anodine, puisqu’elle serait, selon elle, la première à bénéficier de tels soins. Après cette première opération, il est a noté que Roberta se genre désormais au féminin (à moins que ce ne soit un choix des traducteurs), comme si l’opération qu’elle a subit était le point exacte de sa transition d’un genre à l’autre. Le point de rupture entre l’homme et la femme, dans son univers de représentation, serait alors résumé à ce qui se trouvait entre ses cuisses.

Pour autant, ce n’est pas fini, elle souhaite ensuite une opération esthétique sur le visage. Cette opération a, pour elle, deux raisons d’être. La première est, bien entendu, une féminisation de ses traits, mais la seconde est de se couper de son passé. Elle ne souhaite pas pouvoir être reconnue, c’est une “renaissance” selon elle. Elle a besoin de pouvoir recommencer une vie sans qu’on la renvoie à son deadname et son existence de pilote.

Sa “matamorphose” est complète, mais le regard des autres continue de la faire craindre le pire.

Le jour vint où j'allais faire mes débuts dans le monde sous la forme achevée de ma métamorphose. Je portais une coiffure toute fraîche et un nouveau chapeau, destiné à mettre en valeur mon profil. Le cœur bondissant sous l'excitation nerveuse et l’estomac un peu retourné, je me mis en route. J'avais fait quelques pas dans la rue quand je vis deux hommes qui venaient à ma rencontre. Je réprimai une violente envie de baisser la tête et de tourner les talons.

Cependant, ce que nous appellerions son passing et pour ainsi dire complet. Signe que, malgré tout ce qu’elle a pu dire plus haut, elle ne croit pas complètement en une essence féminine, elle se rend compte qu’elle doit apprendre de nouvelles choses : le maintien, le soin à sa coiffure, l’habillement, etc. Au-delà de sa “métamorphose” chirurgicale et hormonale, lui reste donc un apprentissage du genre.

Pour autant, si elle a conscience de ce qu’elle doit encore apprendre, elle arrête ce passage sur une touche d’espoir, si on peut dire :

La différence essentielle résidait dans le fait que j’étais devenue heureuse et ne connaissais plus les périodes de dépression où l'on ne tient plus à la vie que par le fil des habitudes.

Parce que au final, c’est peut-être l’élément le plus important. Peu importe qu’elle fut intersexe ou trans, pour la première fois de sa vie, elle semble ne plus être dépressive. Elle qui a envisagé la mort, qui ne semblait pas voir l’intérêt de survire à la guerre ou au prochain virage sur la piste de course, elle qui se laissait aller dans des vêtement négligés, a enfin le sourire. Rien que pour ça, c’est un plaisir de la lire, plutôt que les différents arctiles de la même époques qui cherchent à l’attaquer.

Le docteur Cowell

L’apprentissage continue pour Roberta, elle essaie de se trouver une “féminité” en s’inspirant des personnalités du cinéma et décrit la façon dont elle passe d’une féminité très prononcée à une féminité peut-être légèrement plus masculine en s’inspirant de Garbo (je n’y connais rien en cinéma et je ne comprends pas vraiment ce qu’elle veut dire par là). Cependant, comme je l’ai noté plus haut, le genre féminin va, pour Roberta, avec l’hétérosexualité et c’est dans sa relation aux hommes qu’elle travaille sa façon de se comporter en tirant des ressources dans sa “masculinité passée”. J’ignore si c’est la façon dont elle a réellement ressentie la chose (ou d’autres peuvent la ressentir) ou s’il s’agit d’une façon d’accentuer la métamorphose pour elle-même ou pour le lectorat en se fondant dans l’hétéronormativité. Après tout, cette question pour l’orientation sexuelle vers le genre opposé est resté cruciale dans les parcours trans sous contrôle étatique jusqu’à récemment.

Puis vient le coming-out auprès de ses parents. Ce n’en est pas un à vrai dire. Au fil des années le docteur Cowell et son épouse était au fait de ce qu’avait entrepris Roberta. Pour autant, elle ne les avait pas revus et ce fut seulement sa transition effectuée (si l’on peut dire) qu’elle se sentit en capacité de les rencontrer. Ce coming out, qui se conclu par une discussion “chiffon” avec sa mère, apparaît comme un aboutissement. Elle est enfin reconnue comme leur fille et j’en suis heureuse pour elle.

La suite, cependant, nous montre qu’en dehors de toutes ces lignes à nous expliquer la nature extraordinaire et pour ainsi dire unique de son cas, elle n’ignore pas vraiment que d’autres l’ont précédés. De longs paragraphes mélangent alors intersexes et trans, dans une approche assez confuse, mais qui n’a qu’un but : se valider auprès d’un lectorat qui, de toute façon, n’y connait rien. Elle parle tout de même de “monstruosité” pour les personnes intersexes en soulignant qu’à son époque éclairée, ils ne seraient plus tenus pour responsables de cela.

Elle cite Christine Jorgensen et de Lili Elbe ou encore Raoul Hurpin pour lequel je ne trouve absolument aucune source. Sans que je puisse dire si elle l’a inventé ou non, je peux noter que son histoire me semble faite pour adoucir ce qui fait beaucoup jaser dans son propre cas, à savoir ses deux filles.

Elle conclut par une phrase assez intéressante et qui reprend ce que je disais plus haut. Une large partie de son récit consiste en une façon de prendre ses distances avec l’homosexualité. Après avoir évoqué les études de Hallen sur “l’hermaphrodisme” et le fait que l’homosexualité ou le travestisme seraient psychologiques et non physiologiques, elle précise :

En ce qui concerne mon propre cas, mes penchants étaient absolument normaux. Ils ont simplement disparu, pour renaître dans une nouvelle orientation au moment où j’appartenais déjà au sexe opposé.

Il est important pour elle de souligner que son attrait pour les hommes n’était absolument pas présent dans la période antérieure à sa transition.

Ouf, l’ordre hétérosexuel est sauvé !

Un nouveau début

La question de l’intersexualité est importante dans la construction de Roberta Cowell, que ce soit pour elle ou pour le public. De la même façon qu’elle rejette l’homosexualité, elle éprouve le besoin de se retrouver dans un groupe qui, bien que marginal, semble sans doute moins soumis aux attaques. Elle offre quelques éléments théoriques sur des personnes féminines, mais masculinisées par un processus in-utero mystérieux, qui ne pourraient engendrer que des filles. Cette idée est bien utile étant donné qu’elle a deux filles et c’est peut-être l’état des connaissances à son époque, mais nous savons aujourd’hui que ça ne fonctionne pas ainsi.

Ce n’est cependant sur ce point que se termine les souvenirs de Roberta. Après ses apprentissages, arrive enfin le moment de jouir de sa féminité dans la bonne société. L’euphorie de ces moments se disputent aux craintes de ne pas être prête ou de subir l’hostilité.

Vint enfin le soir de mon premier bal. Je m'étais réjouie longtemps d'avance en pensant à cet événement ; cependant, quand l’invitation me parvint, je faillis la refuser, craignant de n'être pas prête à subir cette épreuve.

Toute sa vie, dit-elle, elle a rêver de cela. Un besoin, une envie, de vivre la vie de femme dans un romantisme de la bonne société anglaise. Elle hésite, elle se fait belle et tente de tout prévoir pour que rien ne se passe mal.

Mais au moment de sortir, je me rends compte tout à coup que je vais me trouver dans une salle brillamment éclairée, parmi une foule de gens. Je suis terrifiée et regrette un peu tard de ne pas avoir attendu encore trois mois. Je tremble des pieds à la tête.

L’idée de la lumière est importante. Jusque là, elle a vécu dans une ombre relative en se dissimulant du mieux qu’elle le pouvait. L’ombre, comme le placard, a quelque chose de sûre, presque douillet, si on oublie les douleurs lanscinantes d’une position inconfortable.

Reculer avant de passer le moment fatidique, c’est une tentation que nous connaissons bien, je crois. On a beau rêver de ce moment où l’on peut être pleinement nous-même, nous ne faisons que craindre ce qui peut advenir, la méchanceté, les rires et tant et tant de choses déplaisantes qui vont avec un sentiment d’illégitimité.

Il semble que tout le monde me regarde, dans la grande salle. Je me demande ce qu'ils disent de moi. Si ce sont des paroles gentilles, j'en suis heureuse ; sinon, eh bien, c'est de la jalousie. Peu importe, d'ailleurs.

Elle prend sur elle de ne pas faire attention à ce qu’il se dit. Elle passe à travers tout ça en queen, descends les grands escaliers concentrée sur elle-même. J’ai l’impression de ressentir sa nervosité à ce moment là. Je l’imagine dans une longue robe, en chaussures de soirée.

Et maintenant, je danse et tout mon sang s'est transformé en musique. Je suis complètement heureuse. Le passé est oublié, l'avenir n'a plus d'importance. J'ai songé depuis si longtemps à cet instant et je me rends compte que la réalité dépasse tous mes espoirs.

1954

La façon dont Roberta Cowell se raconte me touche particulièrement. On peut cependant voir dans son récit toutes les marques de son époque comme d’elle-même. Lorsqu’elle évoque sa transition, sa vie dans son ensemble, elle cherche perpétuellement à se justifier : en écartant rapidement toutes les accusations possible d’homosexualité ; en se rangeant sous les contours, assez flou à son époque, de l’intersexualité ; ou encore en rendant compte d’effets pour le moins larges des hormones confirmant par la même occasion l’existence d’une essence féminine.

Tout en essayant de citer d’autres exemples, elle tente aussi de se démarquer et de montrer l’exceptionnel de son cas afin de ne pas être assimilée, sans doute, à une Christine Jorgensen devenue “starlette.” Elle veut apparaître comme une femme “respectable”, une femme “normale.”

Malgré ces points, je retrouve tout de même des choses que des trans contemporaines pourraient écrire sur leurs transitions : l’euphorie ; le dégout des sociabilités masculines ; les regards des autres ; la dépression qui semble s’envoler dès que s’amorce la décision de transitionner.

C’est une grand-mère trans, une ancêtre apparue juste avant que le nom prenne son essort.

Il est étrange, que rien n’apparaisse sur Michael Dillon, qui pourrait être l’un de nos grands-pères, mais c’est sans doute plus commode. Le docteur Dillon ne souhaitait pas qu’on lui fasse de la publicité pour ne pas être renvoyé à sa transitude, comme sans doute Roberta Powell.

Son histoire, pourtant, comme celles de Christine Jorgensen ou de Lili Elbe, fait jaser et d’autres articles fleurissent dans la presse pour critiquer ce qui a été dit, ou pour évoquer d’autres cas, le péril presque d’un “épidémie” de changements de sexe.

Je reviendrais peut-être sur ça, parce que ça m’amuse.

Pour autant, je ne peux pas m’empêcher de citer un article de 1954 consacré aux fêtes à Juan les Pins. Coccinelle au milieu de la jet-set apparaît comme la vamp des lieux.

Tout le monde ne pas évidemment que Coccinelle a fait son service militaire il y a deux ans, qu’elle s’est fait opérer le nez et retrousser les yeux en amandes, bref que Coccinelle est un homme. Mais là, précise-t-il ou précise-t-elle, s’arrêtent les transformations : je n’ai pas du tout envie de suivre la voie de Roberta Cowell, aviateur américain qu’une opération à transformé en femme.

Il ne faudra pourtant attendre que quelques années pour que Jacqueline Dufresnoy prenne des oestrogènes, sous la forme de pillule et vende ses fourures pour se faire opérer à Casablanca, avant de changer son état-civil.

Comme quoi, ne jamais dire “fontaine je ne boirai jamais de ton eau.”

Transdidaxie

Par Fanny Aignan

Docteure en sciences de l’éducation et de la formation, femme transgenre, j’occupe différentes fonctions, principalement de formation, mais je suis surtout une parent au foyer occupant son temps entre le ménage, le soin et les lectures.

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