Kessel

Lecture 2 : La marquise/marquis de Banneville, par un anonyme

Connoissez vous la marquise Marianne de Banneville ?

Transdidaxie
9 min ⋅ 19/08/2026

Si ce n’est pas le cas, vous n’avez pas à avoir honte. Je ne la connaissais pas non plus avant de tomber sur son histoire presque par hasard. Presque, parce que je suis allée chercher un numéro du Mercure Galant de 1695 pour trouver son histoire (elle a été rééditée et augmentée en 1696, puis au début du XVIIIe, mais je vais m’en tenir à la première version).

Mais dis moi, Fa, tu as une vision totalement biaisée du hasard, non ?

Et bien un peu, disons que le hasard n’est heureux que pour celle qui est préparée…

Tu capilotractes un peu !

Que veux tu, lecteur imaginaire, je pourrais dire que j’étais absolument curieuse et que je voulais trouver ce texte, que les seules versions que je voyais passer étaient en anglais (why not ,) et que, finalement, je me suis frottée à la version dans Gallica (si vous voulez essayer l’orthographe aléatoire du françois avec les « s » qui ressemblent à des « f », des esperluettes partout et de eszett placés tu sais pas trop pourquoi, c’est là).

Par ailleurs, vous n’auriez sans doute pas trouver sa vie dans vos cours d’histoire, parce que ce personnage est fictif. De la réception de l’histoire en elle-même, je ne sais pas grand-chose, je dois le dire, mais j’ai beaucoup aimé lire la nouvelle, ou le conte (je ne suis pas sûre de pouvoir faire la différence dans ce cas précis et la littérature emploie parfois l’un, parfois l’autre).

Une charmante marquise

Je vais vous résumer rapidement l’histoire de cette « petite marquise » comme elle est appelée tout le long du récit.

On a l’habitude des récits où des souverains ou des aristocrates, désespérant d’avoir un fils pour monter sur le trône ou pour continuer leur œuvre guerrière, choisissent d’élever un bébé portant vulves (ça ne va pas plus loin) dans un rôle masculin. On peut penser, sans aller très loin, à Saphir, Lady Oscar ou encore Sakon no Suke (oui, c’est des exemple issus de mangas, mais sinon, il y a aussi Silence, pour taper dans le moyen-age occidental).

Pour ce qui est de Marianne de Banneville, les choses vont à l’inverse. Ses parents n’étaient mariés que depuis peu, lorsque le père mourut dans une bataille. La mère était très triste, mais elle apprit qu’elle attendait un enfant. Elle se réjouissait de revoir bientôt une trace de l’homme qu’elle aimait, mais une peur lui prit soudainement le cœur.

La mort funeste d’un homme de guerre se représenta à ses yeux avec toutes ses horreurs. Elle imagina la mesme avanture pour cher Enfant qu’elle attendoit, & ne pouvant s’accoutumer à une idée si triste, elle souhaita mille fois que le Ciel luy donnast une fille, qui par son sexe se trouvast à couvert d’une si cruelle destinée. Elle fit plus, & se mit en reste de corriger la nature, si elle ne répondoit pas à ses désirs. Elle prit pour cela toutes les précautions nécessaires, & fit promettre à sa sage femme d’annoncer à haute voix la naissance d’une fille, quand même ce seroit un garçon.

L’enfant se nomma donc Marianne et reçu une éducation de jeune fille de la bonne société, entre danse et clavecin. Comme elle avait la tête bien faite, elle fut instruite dans l’histoire et la philosophie. Dans leur coin de province, elle était une jeune héritière courtisée pour sa beauté et aussi, sans doute, pour l’héritage qu’elle pouvait apporter. Pourtant, la mère s’inquiéter ce qui pourrait arriver. Elle ne pensait pas pouvoir tenir son choix très longtemps.

La mère estoit ravie de joye, & se remercioit à tous momens de son habileté. Il a douze ans, disoit-elle tout bas, il faudraoit bien tost songer à le mettre à l’Academie, & deux ans il suivroit son pauvre pere ; & là dessus transportée d’affection elle alloit baiser sa chere fille, & luy laissoit faire toutes les petites coqueteries, qu’elle eust condamnée dans la fille d’une autre.

Pour autant, il arriva que la marquise dut se rendre à Paris et à la cour, où la jeune marquise eut aussi un grand succès. La mère se réjouissait de l’attitude de la jeune fille qui aimait à être courtisée, mais ne souhaitait accorder de réelles faveurs à aucun homme. Elle s’aimait plus qu’elle n’aimait les autres, jusqu’à ce qu’advienne le plus gros problème. Un homme, un marquis cadet, presque sans rente, qui la séduisit et fut séduit par elle en retour.

Un jour qu’elle estoit à la Comedie dans la première loge, elle remarqua dans la loge voisine un jeune homme fort bien fait, avec un juste au corps d’écarlate, en broderie d’or & d’argent ; mais ce qui luy donna plus d’attention, c’est qu’il avoit aux oreilles des boucles de diamans fort brillantes, & trois ou quatre mouches sur le visage. Elle s’attacha par curiosité à le regarder, & luy trouva une phisionomie si douce & si aimable, que ne pouvant se retenir, Madame, dit-elle à la comtesse, voilà un beau garçon. Il est vray dit la comtesse, mais il fait le beau, & cela ne sied point à un homme. Que ne s’habille t il en fille ? La comedie continuoie, on ne causa plus, mais la petite marquise tournoit souvent la teste, & ne se sentoit plus d’atention pour le faux Alcibiade qu’on representoit. A quelques jours de là, estant encore à la Comedi dans la troisieme loge, le mesme jeune homme, qui se faisoit assez remarquer par ses ajustemens extraordinaires, se trouva dans la deuxième loge, & voyant à son aise la petite marquise qui estoit dans la troisième, il eut pour elle tout l’attention qu’elle avoit euë pour luy la premiere fois, & ne se contraignit pas tant. Il tourna toujours le dos aux comédiens, & ne pouvoit détourner ses regards de dessus la petite marquise, qui de son costé luy répondoit un peu plus que l’exacte modestie ne l’eust voulu. Elle sentoit dans ce commerce mutuel de regards, ce qu’elle n’avoit jamais senti, une certaine joye délicate & profonde, qui des yeux passe dans le cœur, & qui fait toute la félicité de la vie.

On note déjà, j’y reviendrai, qu’il y a, dans la mise du jeune marquis, une part de féminité, ce que souligne la comtesse chaperonnant la petite marquise. N’étant pas experte en pratiques vestimentaires du XVIIe, je me garderai bien de dire si c’est réel ou pas. Toujours est-il que les mouches ou les boucles d’oreilles ne semblent pas éveiller de critiques.

Les choses allèrent donc dans le sens d’une romances entre petits cadeaux et conversations intimes, jusqu’à ce que les persiflages se soient multipliés, de la part des autres prétendants de la jeune fille de seize ans. La petite marquise se décida alors à demander la main du marquis. Le marquis, s’y refusa, annonçant que le mariage serait la fin de leur bonheur.

Déjà, à ce moment, tu commences à te dire qu’il y a anguille sous roche. Elle est belle, bien plus fortunée que lui, visiblement ils partagent des sentiments… Pourquoi donc le marquis refuse-t-il ses avances ?

Marianne s’en ouvrit alors à sa mère qui approuva le marquis dans son refus. Comme on pouvait s’y attendre, elle n’était pas très encline à la voir se marier, bien évidemment. Un mariage sous-entendait du sexe et donc la découverte du “travestissement” de la marquise. Cependant, Marianne insistait et finit par pousser sa mère dans ses derniers retranchements, à user d’une solution cruelle qu’elle ne voulait employer que lorsqu’elle n’aurait plus le choix.

Vous m’y forcez, ma chere enfant, & c’est malgré moy que je m’en vais vous découvrir ce que je voudrois vous cacher au prix de ma vie. J’aimois vostre pauvre pere, & lorsque je le perdis, si malgeureusement, la peur d’un pareil malheur pour vous, me fit souhaiter avec passion d’avoir une fille. Je ne fus pas assez heureuse, j’accouchay d’un garçon, & je l’ay fait élever comme une fille. Sa douceur, ses inclinations, sa beauté, tout à contribué à mon dessein. J’ay un fils, et tout le monde croit que j’ay une fille. Ha ! Madame, s’écria la petite marquise, seroit-il bien possible que je fusse… oüy, mon enfant, lui dit la mere en l’embrassant, vous estes un garçon, je vois combien cette nouvelle vous afflige. [En même temps c’est vraiment un truc qui doit être dur à apprendre, je ne sais pas, mais apprendre ça, ça me démolierait très certainement. Puis ce mégenrage, c’est abusé.] L’habitude a fait en vous une autre nature. Vous estes accoustumée à une vie bien differente de celle que vous eussiez menée. Je songeois à vous rendre heureuse, & jamais je ne vous eusse découvert une si triste vérité, si vostre entestement pour le marquis ne l’y avoit obligée. [Etre un homme, c’est triste. C’est pas moi qui le dit, je suis désolée.] Voyez donc, sans moy, ce que vous alliez faire, à quoy vous alliez vous exposer, & quelle scene alliez vous donner au public. La petite marquise au lieu de répondre ne faisoit que pleurs, & sa mere avoit beau lui dire, Mais, mon enfant, vivez à l’ordinaire. Soyez toûjours la belle petite marquise, aimée adorée de tous ceux qui la voyent. Aimez, si vous voulez, vostre beau marquis, mais ne songez point à l’épouser. Hélas ! [Loin de moi l’idée de juger une mère du XVIIe, mais je la trouve qu’elle exagère un peu sur le coup, genre tu peux faire comme si de rien n’était après ça] S’écria-t-elle en pleurant, il ne demande pas mieux ; il est au desespoir, quand je lui parle de nous marier. Ah ! Ne sçauroit il point mon secret ? Si ie le croyois, ma chre mere, ie m’irois cacher au bout du monde, ne le sçauroit il point ? Et là dessus un torrent de larmes. Helas ! Pauvre petite marquise, ajouta-t-elle, que vas-tu faire ? Oseras-tu bien encore te montrer & faire la belle ? Mais que dis-tu, qu’as tu fait, comment nommer ces faveurs, que tu as accordées au marquis ? Rougis, malheureuse, rougis. Ah ! Nature aveugle, qui ne m’as pas avertie de mon devoir ? Hélas ! I’estois dans la bonne foy, mais puisque ie vois clair, il faut avoir à l’avenir une conduite toute differente, & malgré ce que i’aime, il faut faire ce que ie dois. [oui, si vous vous posez la question, à des moments, l’imprimeur à visiblement perdu les “j”.]

Ce coming-out inversé fut donc un choc, on notera que ça peut paraître incongrue qu’elle ne se soit aperçu de rien, mais après tout, si elle a été tenue dans l’ignorance, ce n’est pas complètement impossible, d’autant plus qu’on lui faisait porter des « corps de robe » qui contraignait visiblement son corps à se doter de hanches et d’une « gorge ».

[Je ne comprends pas trop bien le principe, est-ce que ça veut dire que si je me corsette à mort je vais avoir de véritables hanches ?

… Pas sûre d’avoir envie d’essayer, je connais bien l’idée de souffrir pour être belle, mais pour l’instant je vais me borner à l’épilation. D’ailleurs, rien n’est dit du traitement de la pilosité intempestive, bien que la belle Marianne soit jeune et blonde, j’imagine que la question va se poser. Je sais ce que faisait Choisy, ou du moins ce qu’on a écrit sur sa pratique, par sûre que ce soit super sain pour la peau et la vie en général.

T’en as trop dit, Fa !

Ouais, je sais bien, mais j’y reviendrai une autre fois.]

Malgré tout, par la suite, la marquise reprit sa vie presque comme si de rien n’était. Jusqu’au moment où sa mère tomba malade et mourut. Marianne fut alors confiée à son oncle maternel qui devint son tuteur. Avant de mourir, cependant, la mère l’informa du secret sur la naissance de la jeune fille. L’oncle n’en était pas particulièrement triste ou choqué. Au contraire, il y voyait un grand intérêt. Puisqu’elle ne pouvait pas avoir d’enfants, le considérable héritage de Marianne irait à ses propres enfants.

[Le récit est peut-être bien classable dans les contes, mais, pour une fois, le connard est un homme et pas une belle-mère décrite comme un monstre d’envie et de cupidité.]

Cependant, les persiflages partirent de plus belle. On reprochait à Marianne de se laisser aller avec le marquis. Son honneur était en question et elle repensa au mariage. L’oncle fit un rapide calcul. Il était préférable qu’elle réalise un mariage stérile avec le marquis, plutôt qu’un hypothétique mariage fertile dans le futur. La marquis accepta de donner sa main, à la condition que le mariage ne soit que d’apparat et qu’ils restassent comme « frère » et « sœur ».

[Cette idée d’une relation qui ne soit pas consommée est là depuis le début. J’ai compris assez vite que c’était la limite du marquis. Je me suis dit, cool il est ace. Mais en fait j’étais juste naïve… non, en vrai j’étais pas naïve, c’était un peu évident qu’il avait un secret.]

Le soir du mariage, il y eut cependant le couché.

Ce fut alors que la petite marquise fut bien étonnée de voir le froid & l’insensibilité de son amans. Il estoit à l’autre bout du lit & soupiroit & pleuroit. Elle s’approcha à moitié, sans qu’il fist semblant de s’en apercevoir. Enfin, ne pouvant plus soutenir un estat si douloureux : Que vous ay-je fait, marquis, luy dit-elle, & ne m’aimez vous plus ? Répondez, ou vous m’allez voir mourir. Hélas, Madame, luy dit le marquis, je vous l’avois bien dit, nous vivions heureux, vous m’aimiez, & vous m’allez haïr ; ie vous ay trompé, approchez et voyez. Il luy prit la main en même temps, & la mit sur la plus belle gorge du monde. Vous voyez, ajouta-t-il en fondant en larmes, vous voyez que ie ne puis rien pour vous, puis que ie suis femme aussi bien que vous.

Qui pourroit exprimer icy la surprise & la joye de la petite marquise. Elle ne douta plus dans ce moment qu’elle ne fust un garçon, & se jettant entre les bras de son cher marquis, elle luy causa la même surprise & la même joye. La paix fut bien tost faite. Ils admirerent leur destin, qui les avoit conduits si heureusement, & se firent mille protestations d’une éternelle fidélité. Pour moy, luy dit la petite marquise, ie suis trop accoutumée à estre fille, je veux estre femme toute ma vie. Comment m’y prendrois-je porter un chapeau ? Et moy, dit le marquis, i’ay mis l’épée à la main plus d’une fois sans estre embarassé, & je vous conteray quelque jour mes avantures. Tenons nous en donc où nous en sommes. Jouissez, belle marquise, de tous les agrément de vostre sexe, & je joüiray de toute la liberté du mien.

Sniff, ne faites pas attention, j’aime quand les histoires finissent bien.

Le lendemain des noces, ils receurent les compliments ordinaires, & huit jours après ils partirent pour la Province où ils sont encore dans un de leurs chasteaux. L’oncle doit les y aller voir, & sera bien surpris en voyant naistre d’un pareil mariage quelque bel enfant, qui luy ôtera toute l’esperance d’une grande succession.

Gros cheh dans tes dents le tonton.

T4T ?

Tu ne vas pas mettre en titre de partie un “mot” que personne, en dehors des LGBTQIA+ ne semble connaître ?

Pourquoi pas ? Ca donnera l’occasion d’apprendre du vocabulaire. Pour ceux qui ne sauraient pas : “T4T” signifie “trans for trans”, en sommes les personnes trans qui relationnent avec d’autres personnes trans.

On ne va pas se mentir entre nous, je suis une âme sensible et j’ai écrasé ma petite larme au dénouement de cette histoire.

Il n’y a pas de transitude dans cette histoire. C’est mon humble avis et je sais que ce n’est pas partagé par tout le monde. En histoire du XVIIe, je suis une bille. Je me garderai donc d’en discuter, je peux vous renvoyer cependant à l’article de Caitlin Dahl, Queer Community Strategies : Diversity and Honnêteté in Choisy’s Histoire de la Marquise/marquis de Banneville.

Finalement, Marianne de Banneville reste dans le genre qui lui a été assigné à la naissance, elle s’y plaît et la révélation comme le mariage n’y changent absolument rien. On ne sait rien de l’histoire du marquis ou des raisons qui font qu’il vive en homme. On imagine qu’elles peuvent être multiples. Ce peut être totalement un choix personnel comme le reflet de l’histoire de la marquise. Il porte des boucles d’oreille et des mouches. Pour les premières, il dit qu’il a eut les oreilles percées lorsqu’il était jeune et qu’il se sent mieux avec. Il est probable que cela puisse signifier qu’il a reçu une prime éducation féminine, mais je ne m’y connais pas suffisamment dans les pratiques du corps au XVIIe pour pouvoir l’affirmer.

Ce qui apparaît cependant, c’est que le genre n’est pas lié intrinséquement à la présence d’attributs sexuels et que, par ailleurs, le fait de s’habiller comme on veut ne semble pas causer tant de problèmes que ça. (Bon, je dois dire que l’abbé d’Entrague a été exilé pour ça et que la chevaleresse d’Eon a eut aussi quelques problèmes).

La frontière entre les deux genres, vestimentairement parlant, ne semble pas aussi stricte qu’on pourrait s’y attendre.

Sans papier et validation par l’instance médicale, le sexe est logiquement plus malléable dans la bonne société du XVIIe que dans la notre. Avant les oestro et la testo, d’autres technologies sont employées pour vivre son genre quand la prétendue nature à fait une connerie. En tout état de cause, l’existence de texte, comme sa parution dans le Mercure Galant, montre bien qu’il y a une place, au moins narrative, pour des histoire d’amour qui défient l’ordre habituel des relations amoureuses.

On peut penser, cependant, que l’ordre hétérosexuel reste assuré dans le récit. Il y a l’attitude de la marquise elle-même qui ne s’éprend, dans tous ses courtisans, que de ce marquis fort beau. C’est un peu comme si elle avait eut un radar, trouver l’aiguille (ou son absence, si vous me permettait un jeu de mot graveleux) dans une meule de rentiers. Par la suite, c’est aussi la marquise qui prend les devant en demandant la main du marquis. Elle assume de fait un rôle qui est plus habituellement celui du prince charmant. Cependant, je dois noter aussi que c’est le marquis qui est présenté comme faisant sa cour et non l’inverse. La marquise épouse le marquis, leur union est fertile. Il y a bien un homme qui aime une femme. Pour autant, je ne suis pas certaine que ce soit aussi clair. Dans tous les cas, au grand désespoir de l’oncle, le marquis sera un homme enceint. Il y a bien une hétéronormativité, mais je ne suis pas sûre que ce soit aussi écrasant que l’on voudrait le voir.

Enfin, ce qui me semble important, c’est l’absence totale de jugements moraux. Les deux jeunes personnes s’aiment, il n’y a rien à redire. Le seul personnage qui se trouve réellement jugé négativement est l’oncle pour sa cupidité.

Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants…

Anonyme ?

Et c’est là que les choses deviennent amusantes.

Fa tu as une curieuse habileté à te passionner pour des choses qui sont très certainement inintéressantes. On se moque un peu de qui a écrit cette histoire, non ?

Et bien, non, ce n’est pas mon cas. J’aime les potins, y compris ceux qui datent du règne de Louis XIV et de la Régence et en l’occurrence on parle de rumeurs, de médisances ou, peut-être, de transitude chez un abbé commendataire.

Je suis tombée durant l’été sur une émission de radio qui parlait de l’abbé François-Timoléon de Choisy (tombée, c’est vite dit, elle dormait tranquillement dans mon stock de trucs à écouter). Lui, vous le connaissez peut-être. C’est une figure de son époque, mais on peine à trouver le vrai du faux.

Parce que je suis un peu excessive, j’ai lu différents textes sur lui, une biographie et « ses » mémoires. Dans la première, il était mention de ce texte qui a été publié anonymement.

Qui est l’auteurice ?

  • Charles Perrault, le mec des contes.

  • François-Timoléon de Choisy, son copain à l’Académie.

  • Les deux.

  • Un disciple de Perrault.

  • La nièce de Perrault, mais après avoir discuté avec Choisy.

L’abbé n’est jamais très loin et généralement, on va lire que la marquise de Banneville est l’une de ses oeuvres. Et pour cause, il y a quelques similarités entre la vie qui lui est attribuée et ce conte.

J’ai prévu de revenir sur Choisy, la comtesse des Barres et madame de Sancy, dans les prochaines newsletters. Si vous voulez suivre l’actualité (dépassée) de cet ambassadeur coadjuteur de Louis XIV auprès du roi du Siam, assistant de conclave, enfant d’une intrigante, compagnon de jeu de Monsieur, auteur d’une histoire de l’Église et d’autres textes, abonnez-vous (ceci étant dit, je n’entrerai pas dans les détails de ses fonctions. Je m’en moque un peu. Je parlerai surtout de sa façon de se vêtir et de vivre).

Transdidaxie

Par Fanny Aignan

Docteure en sciences de l’éducation et de la formation, femme transgenre, j’occupe différentes fonctions, principalement de formation, mais je suis surtout une parent au foyer occupant son temps entre le ménage, le soin et les lectures.

Les derniers articles publiés

Interlude 2 Ma famille et moi

par Fanny Aignan   ⋅  18/09/2026 9 min

Questions de coming out quand je doome

Lecture 3 : les mémoires de l’abbé de Choisy habillé en femme

par Fanny Aignan   ⋅  11/09/2026 10 min

Connaissez vous Mme de Sancy ?

Lecture #1 : Sarrasine de Balzac

par Fanny Aignan   ⋅  22/07/2026 6 min

Où je vous parlerai d'une nouvelle de ce bon vieil Honoré et de castrats

Cowell et Dillon

par Fanny Aignan   ⋅  12/07/2026 8 min

Genre et médecine, la transition chez une biographe cis

Interlude #1 : Je me suis vue en photo

par Fanny Aignan   ⋅  03/07/2026 8 min

Je me suis vue en photo et je n'aime pas ça du tout. Je dois y réfléchir, ça me bouffe, parce que derrière la photo, c'est aussi mon corps, son image, la façon dont on me voit, dont on m'interprète.

1954 Roberta et les autres

par Fanny Aignan   ⋅  26/06/2026 19 min

Après avoir lu l’histoire de Roberta Cowell racontée par elle-même, j’ai voulu me confronter aux autres textes que me proposait Gallica en cherchant à la fois sous son nom et son deadname (je n’arrive pas à me faire à morinom).

Vivre l'espace

par Fanny Aignan   ⋅  12/06/2026 11 min

Première Pride comme trans fière de l'être. Marcher, c'est récupérer l'espace se montrer et ça me fait réfléchir alors qu'en mini-short et débardeur laissant voir mon soutif, je marchais au milieu des adelphes en tous sens hurlant les slogans queers et antifascistes (peut-on être l'un sans l'autre ?).

1954 et Roberta Cowell

par Fanny Aignan   ⋅  17/06/2026 17 min

Alors que je lisais la biographie que Pagan Kennedy a consacrée à Michael Dillon, je me suis prise à songer à Roberta Cowell, sa grande amie. J'ai voulu voir comment elle parlait de sa transition dans la presse.

Marge, image, visible, invisible

par Fanny Aignan   ⋅  01/06/2026 9 min

Ou une réflexion qui découle directement de la dernière lettre